Le calcul s'arrête au montant
Nyance ne verse rien. Le calculateur produit un montant et un document ; il ne collecte pas la zakât, ne la transmet à personne, et ne désigne aucun bénéficiaire, ni association, ni fonds, ni personne. Le versement appartient au redevable, qui en répond pour lui-même.
Cette leçon décrit donc un cadre, pas un service. Elle dit qui peut recevoir la zakât selon le texte, sur quoi les positions documentées divergent, et ce que le document produit à la fin du calcul peut, ou ne peut pas, servir à établir.
Les huit catégories
Les destinataires de la zakât ne relèvent pas du choix personnel. Ils sont fixés par le Coran, sourate 9, verset 60, qui énumère huit catégories :
- les pauvres ;
- les nécessiteux ;
- ceux qui la collectent ;
- ceux dont les cœurs sont à gagner ;
- l’affranchissement ;
- les endettés ;
- dans la voie de Dieu ;
- le voyageur en détresse.
La liste est déterminée. Un don qui sort de ces huit catégories peut être une bonne action, il n’acquitte pas la zakât. C’est toute la différence entre une aumône volontaire, libre de son destinataire, et une obligation dont le destinataire est désigné.
Ce que les écoles ne tranchent pas de la même façon
Plusieurs questions restent discutées, et cette leçon ne les tranche pas. Elle les nomme pour que le versement se fasse en connaissance de cause.
La répartition d’abord. Faut-il servir les huit catégories, ou peut-on remettre la totalité à une seule d’entre elles ? Les écoles ne répondent pas de la même manière, et rien ici ne choisit entre elles.
Le lieu ensuite. Verser sa zakât là où l’on vit, ou l’envoyer vers un besoin jugé plus grand ailleurs ? Là encore, des positions documentées s’opposent, les unes attachant la zakât au lieu où elle est due, les autres admettant plus largement son transfert.
Les proches. La zakât ne se verse pas à ceux dont on doit l’entretien, ascendants, descendants, épouse. Les autres proches dans le besoin, frères, sœurs, oncles, tantes, sont au contraire des destinataires préférables. L’épouse qui verse sa zakât à son mari dans le besoin est admise par des avis et refusée par d’autres.
La remise en propriété. Pour la doctrine classique, la zakât se remet à une personne qui en devient propriétaire. C’est ce qui fonde le refus majoritaire de financer avec elle une mosquée, une école ou un puits, et c’est ce qui sépare deux lectures de « dans la voie de Dieu » : un sens restreint, classique, et un sens large, tenu par des avis contemporains, qui y fait entrer l’œuvre d’intérêt général. De même, « ceux dont les cœurs sont à gagner » est une catégorie caduque pour un avis ancien, toujours opérante pour la majorité.
La délégation. Remise à l’autorité qui collecte la zakât, elle est acquittée à la remise. Remise à une association qui agit comme votre mandataire, elle n’est acquittée, pour l’avis dominant, que lorsque l’association l’a remise à un destinataire éligible ; des avis contemporains assimilent une institution reconnue au collecteur. Le délai de distribution de la structure devient alors le vôtre.
Le délai. Une fois due, la zakât se verse sans retard. La verser en avance, avant le terme de l’année, est admis par la majorité et refusé par un avis.
Le destinataire non musulman. Pour l’avis très largement majoritaire, la zakât est réservée aux musulmans, la catégorie des cœurs à gagner mise à part ; un avis minoritaire l’admet pour le pauvre non musulman. L’aumône volontaire n’a pas cette limite.
Ces questions appellent une consultation adaptée à votre situation. Suivre un avis, c’est le suivre avec ses conditions ; choisir règle après règle la position la plus commode est prohibé. Le calculateur s’arrête avant elles : il chiffre ce qui est dû, il ne dit pas où le porter.
Le document de déclaration
Le document produit à la fin du calcul est une trace, pas une preuve de conformité.
Il retrace un calcul mené sur les données que vous avez déclarées et sur les positions appliquées, celles de votre profil ou celles que vous avez composées règle par règle : chaque ligne du résultat porte la règle appliquée et la source dont elle vient. Les mentions qui accompagnent le calcul sont servies avec lui, à l’entrée comme au résultat.
La déclaration peut être faite pour un tiers, sous son mandat : la zakât reste la sienne, et le document nomme la personne pour laquelle le calcul est fait. C’est une hypothèse déclarée de Nyance, pas une position tranchée par une autorité.
Ce que ce document n’établit pas compte autant. Il n’atteste aucune conformité et ne tient lieu d’aucun avis religieux individualisé. Il ne désigne pas davantage de destinataire : la seule personne qu’il nomme est celle dont la zakât est calculée.
Deux obligations qui ne vont pas au même endroit
Le montant à éliminer n’est pas de la zakât, et l’un ne s’acquitte jamais par l’autre. Le calculateur les sert côte à côte, jamais additionnés.
Leur fondement diffère et leur calcul diffère : celui du montant à éliminer est décrit dans « Purifier ses revenus non conformes », dans le parcours « Investir conforme ». Au moment de verser, trois différences comptent.
Les destinataires ne sont pas les mêmes. La zakât va aux huit catégories du verset. Le montant à éliminer porte sur une part de revenu qui n’aurait pas dû être perçue et dont on se défait : il ne va pas aux mêmes destinataires, et le calculateur n’en désigne aucun.
L’intention n’est pas la même. Le montant à éliminer ne se donne pas avec l’intention de zakât, et compter une seule somme au titre des deux revient à n’en avoir accompli qu’une. C’est la raison pour laquelle les deux montants restent séparés jusqu’au versement.
Le montant à éliminer ne s’impute sur aucun impôt. On ne tire aucun profit de l’élément illicite, fût-ce par la fiscalité : un versement présenté comme déductible ferait revenir une partie de ce que l’on rend.
Le référentiel appliqué
Le calculateur applique des positions documentées des écoles classiques et des institutions contemporaines, au premier rang la norme charaïque n° 35 de l’AAOIFI. Plusieurs positions coexistent, chacune attribuée à sa source quand une source est établie ; vous partez d’un profil prédéfini ou composez vos positions règle par règle, et chaque ligne du résultat affiche la règle appliquée et sa source.
Composer soi-même porte un avertissement : l’application ne garantit pas la cohérence doctrinale des choix, et rechercher règle après règle la position la moins contraignante pour alléger sa charge est prohibé. L’état de la méthodologie est énoncé tel quel dans l’outil : « Méthodologie de Nyance, sans validation extérieure à ce jour ».